Société des Amis de Lafleur – Théâtre des Amis de Lafleur

La Société des Amis de Lafleur (1930-1964) fut un groupe artistique qui rénova, durant l’Entre-deux-guerres, la tradition des cabotins telle qu’elle était pratiquée à Amiens depuis le 19e siècle. Le personnage de Lafleur fut le héros de ce nouveau répertoire élaboré par le président fondateur de la société, René Villeret.

Biographie

"En 1929, René Villeret et André Devos, tous deux employés par les Chemins de Fer, se portent acquéreurs d'un jeu de petits cabotins. A cette époque, il était facile de s'en procurer dans un bazar situé rue Saint-Leu. La propriétaire Madame Bail les faisait tailler par un agent de police en retraite, Théodore Lenoir. Ainsi, les deux amis décident de se constituer un jeu : ils construisent eux-mêmes un petit castelet et jouent un répertoire emprunté à leurs souvenirs d'enfance, destiné initialement au cercle familial et aux amis proches. Leur enthousiasme grandissant, ils réalisent un nouveau théâtre de salon. Plus perfectionné, plus grand, ils lui donnent le nom de Chés Viux Cabotans (Les vieux cabotins). Cette fois-ci, les marionnettes sont sculptées par un artisan ébéniste d'origine italienne, Jean Magnan ; les décors sont créés par André Devos. Quant au répertoire, il est écrit et constitué par Villeret avec la collaboration amicale d'Edouard David, poète et écrivain picard. La même année, Devos et Villeret rencontrent Paul Jeanne, historiographe des marionnettes. Il les convie au Congrès International des Marionnettes au cours duquel ils participent à la fondation de l'Union Internationale de la Marionnette. Sous l'impulsion et les encouragements de Justin Godart, président des Amis de Guignol, sénateur et ministre de la Santé du moment, ils s'attachent désormais à un nouvel objectif, celui de rénover la tradition des cabotins d'Amiens. A ce niveau, il est primordial de préciser ce qu'il faut entendre et comprendre dans le terme rénover. Au 20e siècle, la renaissance des cabotins et la transcription des traditions se centre et s'attache au personnage de Lafleur parlant picard qui devient le héros des marionnettes amiénoises. Désormais, il entre dans le drame. Complément comique au siècle précédent, il acquiert alors une nouvelle identité et devient au sens propre une tradition.Au début des années trente, soutenus moralement et financièrement par Jean Ott, président des Rosati de France, et par Maître Georges Maillet, président des Francs Picards de Paris, André Devos, René Villeret et Jean Magnan fondent un groupe artistique pour la rénovation des cabotins : la Société des Amis de Lafleur. Le ton est donné d'emblée, Lafleur en sera le héros ! Maurice Domon s'associe à cette création ; sa participation sera de courte durée ; il quittera le groupe et sera à l'origine de la formation de la société de Chés Cabotans d'Amiens.Sous la présidence d'Edouard David, la Société des Amis de Lafleur s'attelle à la réalisation d'un grand castelet. Plusieurs semaines sont nécessaires ; sa structure est construite dans les ateliers de Raoul Brieux, menuisier rue Vulfran-Warmé. Jean Magnan, fidèle à la sculpture, compose un nouveau jeu de cabotins à partir des maquettes de Pierre Ringard, artiste peintre local. Certains de ces héros locaux seront la réplique fidèle des marionnettes des jeux les plus célèbres du siècle dernier. Le personnage de Tchot Blaise (petit Blaise) est une copie de celui du théâtre de Dumortier, en 1845. Papa Cucu ou Papa Tchu Tchu ou encore Cafignon (terme picard signifiant trognon de pomme) et Popaul Caliquot sont eux aussi des copies des marionnettes créées par Gacquer, personnages apparus respectivement en 1872 et 1870.La fabrication des nouvelles marionnettes est plus sophistiquée qu'elle ne l'était auparavant. D'une part, les proportions changent : elles passent de six à sept fois la hauteur de la tête (jeux anciens) à cinq fois celle-ci. D'autre part, contrairement au passé, les traits de caractère de chacun des personnages sont nettement amplifiés, tant par la sculpture que par le choix des couleurs pour le visage, le résultat frisant la caricature. Ces nouveaux aspects relèvent d'une expression plus moderne des marionnettes amiénoises. Ils permettent aussi de présenter des spectacles dans des lieux plus vastes et pour un public plus nombreux, volonté exprimée dans les écrits de René Villeret. Dans le même état d'esprit, les décors et les accessoires réalisés par André Devos font appel au même principe ; composés à l'échelle des cabotins, ils peuvent être nettement distingués avec un recul dépassant trente mètres, alors que les théâtres du 19e siècle autorisaient au grand maximum sept mètres de recul (Théâtre des Bouffes Picards).Sous la direction technique de René Villeret entouré de ses collaborateurs, André Devos, Jean Magnan, Pierre Ringard, Robert Dourlens et son épouse, J. Perrot, la Société des Amis de Lafleur donne sa première représentation, le 20 juin 1930 à l'occasion du banquet des Francs Picards de Paris, aux anciens Salons Gillet à la porte Maillot. A partir de 1931, les Amis de Lafleur se produisent régulièrement, quinze à vingt fois par an, pour un public très varié : entreprise, oeuvres de bienfaisance, etc. Membres des Rosati Picards, ils présentent un spectacle annuellement dans les locaux du Logis du Roy, où ils rangent leur matériel. Parallèlement, ils participent au congrès de la Fédération des Marionnettes Françaises en 1931. A cette époque, Eugène Thérasse, architecte, et René Normand prennent part au groupement ; ce dernier en devient le président jusqu'en 1937. Ils quittent tous deux la société et sont relayés par Deleval et Danel.De 1935 à 1938, l'activité se réduit à une dizaine de spectacles annuels. Entre-temps, les Amis de Lafleur développent leurs relations internationales au niveau des groupements de marionnettistes. En octobre 1938, ils sont invités à une « exhibition » de la British Puppet Guild à Londres. L'année qui suit, les Anglais de la Guild sont reçus à leur tour par les Amis de Lafleur et Chés Cabotans d'Amiens. A cette occasion, ils bénéficient d'un spectacle offert par les Amis de Lafleur dans les locaux du Logis du Roy. Le lendemain, ils sont invités à rendre visite au théâtre des cabotins de Villers-Bretonneux, dirigé par Langlet, émule de la troupe picarde. Cette même année, ils exposent leur collection de marionnettes picardes anciennes à l'Exposition internationale de la Marionnette. La guerre a pour conséquence une destruction complète du théâtre et des collections de marionnettes anciennes appartenant aux Amis de Lafleur et aux Rosati Picards. Un incendie ravage les locaux du Logis du Roy, où elles étaient entreposées. Tout le monde se met de nouveau à pied d'oeuvre. La compagnie dépose un dossier de dommage de guerre qui est accepté et permet petit à petit la reconstitution du jeu de cabotins et du castelet. Ne pouvant être stocké au Logis du Roy, le nouveau matériel est déposé dans les réserves du Théâtre de l'Alliance, salle Concordia, situé rue Vulfran-Warmé et attaché à la paroisse Sainte-Anne. Forte de son expérience passée, l'équipe construit son nouveau théâtre avec les anciens de la première heure, René Villeret, Jean Magnan, André Devos et Robert Dourlens, mais de nouveaux membres les assistent : Bécherard, René Cahon et Claude Malespine.L'apport des dommages de guerre permet à la troupe d'accéder à son désir en améliorant les aspects techniques et matériels : les marionnettes et les costumes sont plus soignées qu'ils ne l'étaient auparavant, chaque sujet historique est respecté dans le moindre détail, les accessoires et les décors sont réalisés avec rigueur et respect de l'échelle. Les Amis de Lafleur avaient rencontrés au début des années trente la troupe française des Pajot-Walton spécialisés dans les marionnettes de music-hall ; celle-ci parcourt le monde et acquiert la célébrité pour sa virtuosité. Très impressionnée, la troupe picarde s'inspire de ses marionnettes et de sa technique pour introduire de nouveaux personnages. Aux côtés des traditionnels fantoches, du squelette ou de ch'l'allongeux (l'allongeux), apparaissent Joséphine Baker, Mistinguett, Fernandel, Charlot, Loïe Fuller. D'autres créations nouvelles sont empruntées au monde de Walt Disney (Mickey, Donald, Pluto) ; d'autres encore à la bande dessinée et aux contes populaires (Bécassine, les Pieds Nickelés et les trois petits cochons). Un véritable bestiaire est aussi mis en place. Dans ses écrits, René Villeret met l'accent sur la volonté d'introduire ces nouvelles catégories de personnages absents totalement des anciens théâtres ; cette compagnie sera la seule à les utiliser. Déterminé dans ses choix, René Villeret désire avec ces nouveautés s'adresser au public le plus large possible : aux plus petits, il offre des animaux et des personnages de bandes dessinés ; aux plus grands, il présente des numéros de music-hall, distraction très prisée à l'époque. Cet aspect sera une des principales spécificités du théâtre des « Amis de Lafleur ». Dans les années qui suivent, la troupe s'enrichit de nouveaux membres : Louis Dulin, baryton, pour les rôles de composition, Monique Devos, Maurice Delaby, basse chantante, René Becquin, ténor et jeune premier, Jocelyne Dulin, soprano et jeune première, René Cahon, pour le rôle de Papa Cucu, Madeleine Becquin pour le rôle de Sandrine.La compagnie participe à diverses manifestations nationales. Notamment, elle expose des pièces de sa collection au Musée National des Arts et Traditions Populaires en 1952, puis elle participe au premier Festival International de Charleville-Mézières. En 1957, elle prête son concours à une émission de l'Office de Radiodiffusion et Télévision Française qui retransmet une séquence de "Lafleur, roi des Nègres". En 1958, elle est sélectionnée pour le Festival International de la Marionnette de Liège. A la fin des années quarante, les Amis de Lafleur quittent l'Alliance et déposent leur matériel rue Millevoye ; les circonstances font qu'ils sont contraints de quitter les lieux prématurément. Sous les hospices de Robert Richard, conservateur du musée d'Amiens, ils ont l'accord pour y entreposer leur théâtre et leur collection de marionnettes.La renaissance des cabotins et les objectifs des rénovateurs impliquent l'élaboration d'un répertoire différent. Désormais, il répond aux aspirations traditionnalistes des protagonistes et à la cristallisation de celles-ci autour du personnage de Lafleur et de son fameux coup de pied. D'autre part, son orientation est nette : ils abandonnent complètement le répertoire des drames du siècle passé, duquel Lafleur était totalement absent. Maintenant lorsqu'il y a drame, il y a Lafleur ! Ces éléments entraînent des modifications fondamentales : les bouffonneries dominent le répertoire ; les batailles entre Lafleur et ses ennemis ponctuent quasiment la fin de chaque scène. Antérieurement, ce type de pièce, courte et comique, était joué à partir d'un canevas ; désormais, elles sont toutes écrites. Certaines sont reconstituées à partir des éléments de canevas du répertoire ancien recueilli par les différents auteurs ; d'autres sont de pures créations. Nous prendrons pour exemple "Ch'Perruquier" (le perruquier), bouffonnerie en deux actes, tirée du répertoire ancien et réécrite par Robert Dourlens en 1934. Les drames sont présents de façon minoritaire et Lafleur y est introduit à chaque fois. "Cazilda ou Les Brigands de la Forêt Noire" appartenait au texte ancien. Cette pièce est recomposée en 1934 par Albert Fourdrinoy, pour les Amis de Lafleur, l'auteur introduit Lafleur et lui octroie le rôle principal. Il en est de même lorsqu'Edouard David écrit une version picarde de la "Naissance de l'Enfant Jésus". Une autre innovation, des contes et des fééries complète le nouveau répertoire : "Le petit Chaperon rouge", "Cendrillon". Les Amis de Lafleur disposent d'un répertoire comptant plus de soixante pièces. De nombreux auteurs participent à son élaboration, pour la plupart membres des Rosati Picards ; certains reçoivent des prix pour leur création. Suivant le désir des membres de la compagnie, ce nouveau répertoire est ouvert à un auditoire très large. Il faut aussi noter qu'ils s'attachent à un travail scénographique très orienté sur les effets spéciaux, les gags et les batailles. Dans les années qui suivent, les Amis de Lafleur connaissent leur déclin ; les nombreux décès, l'absence de relève font qu'ils sont contraints de cesser leurs activités. La dernière représentation se déroule en juin 1964 dans la salle des fêtes de l'hospice Saint-Victor. Par la suite et conformément aux statuts de la société, il est fait don aux musées d'Amiens, de toute la collection de marionnettes anciennes et modernes, du théâtre, des décors et des accessoires." [texte de Frédéric Hédouin extrait de "Les Marionnettes picardes des origines à 1960. Drames et bouffonneries", Amiens, Musée de Picardie, 1996.]

Société des Amis de Lafleur – Théâtre des Amis de Lafleur


Présentation

Type : troupe / compagnie / collectif

Date de création : 1930

Dates : fondée en 1930 - dissoute en 1964

Période : 20e siècle

Localisation : Amiens (France)

Type(s) de marionnette(s) utilisé(s) : marionnette à tringle(s) et à fil(s)

Voir aussi (identités) : collection Société des Amis de Lafleur, Devos, André, René VILLERET

Références

Référence notice : PAM-DOCUM-004250

Mise à jour : 02/04/2015


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