Hommage à Josef Krofta, marionnettiste, scénariste, metteur en scène et pédagogue tchèque (1943-2015).

Josef Krofta nous a quittés la semaine dernière, à l’âge de 72 ans, après une carrière qui aura marqué plusieurs générations de marionnettistes, en Europe et dans le monde. Le PAM lui rend hommage, avec quelques images des stages qu’il a donnés à l’Institut International de la Marionnette de Charleville-Mézières entre 1984 et 1991.

Après des études au département des marionnettes de l’Académie des arts du spectacle de Prague (DAMU) avec une spécialisation en mise en scène et dramaturgie, il est engagé par le Théâtre de marionnettes d’État (Stâtni bàbkové divadlo) à Bratislava où il a travaillé de 1965 à 1968, puis au Petit Théâtre (Malé divadlo) de Ceské Budëjovice de 1968 à 1971. Mais sa grande créativité s’exprime surtout au DRAK, à Hradec Kràlové, dont il a été le directeur artistique à partir de 1971.

Avec son équipe (le décorateur Petr Matâsek, l’acteur et musicien Jirî Vysohh’d, le dramaturge Miloslav Klíma), ils imposent un style qui fait la renommée du DRAK en Bohême et à travers le monde. Krofta insiste sur la nature profonde de l’art de la marionnette. Même s’il n’a jamais adhéré à l’idée illusionniste, il s’efforce d’utiliser toutes les possibilités de la marionnette en la mettant face à face avec l’acteur dans des relations et avec des significations variées. Dans ses spectacles, les marionnettes sont habituellement manipulées à vue. Tout en maniant matériaux, sujets, objets, poupées et costumes, Krofta construit sa dramaturgie en travaillant sur les propriétés dynamiques et symboliques de l’espace et de la musicalité. Il fait preuve d’une très grande imagination visuelle.

Son répertoire très varié comprend des comédies populaires aussi bien que des drames classiques. Parmi ses créations les plus notables au DRAK, on peut mentionner Jak se Petruska zenil (Comment Petrouchka se maria 1973), Eulenspiegel, (1974), Cendrillon (1975), Sipkovà Růženka (La Belle au bois dormant, 1976), sur une musique de Tchaïkovski, UNIKUM-dnes naposled! (UNIKUM-Pour la dernière fois aujourd’hui! 1978), Zlatovlâska (La Princesse aux cbeveux d’or 1981), Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare (1984), adaptation de l’opéra de Smetana Prodand nevèsta (La Fiancée vendue, 1986; et Le Kalevala (1987). Il faut aussi citer la mise en scène de Pisen zivota (Chant de vie, 1985), d’après Le Dragon de Jevgenij Svarc, une dénonciation du totalitarisme. Mais la pièce du DRAK qui eut le plus de succès auprès du public et de la critique reste le conte de fée Tri zlaté vlasy dèda Vsevèda (Trois Cheveux d’or du vieux Je-sais-tout, 1998).

Metteur en scène invité sur plusieurs scènes nationales et étrangères (Pologne, Finlande, Danemark, Suisse, Danemark, Australie), Josef Krofta a également été tout au long de sa carrière un fervent pédagogue, notamment à l’Institut de la marionnette de Charleville-Mézières et à l’École de marionnette de Frederikstat en Norvège. Il a animé divers ateliers internationaux, donné plusieurs conférences (en Australie et aux États-Unis) et a été membre du conseil exécutif de l’Unima de 1992 à 1996. En 1990 il avait pris la tête du département de Théâtre alternatif et de marionnettes, à l’Académie des arts du spectacle, qu’il a transformé en le rapprochant des grandes tendances théâtrales mondiales, sortant largement du cadre strict du théâtre de marionnettes.

Source : d’après Nina Malikova, Encyclopédie Mondiale des Arts de la Marionnette, UNIMA / Editions de l’Entretemps, 2009.

Post Author: Cédric