Un Instant suicidaire (Concerto pour marionnettes à la mémoire d’un ange), par le Théâtre aux Mains Nues.

Spectacle de marionnettes type Bunraku. Concerto pour marionnettes à la mémoire d’un ange dit le sous-titre du livret. Il faut le croire, en souvenir d’une jeune fille naguère beaucoup aimée, en souvenir d’Alban Berg aussi qui connut pareille douleur, enfin en souvenir de mon enfance que la marionnette régenta. Qui mieux qu’elle pourrait être ce mime funèbre dont rêvait Jean Genet : être la bouche de la morte et la faire parler. La représenter et la rendre méconnaissable. J’ai voulu magnifier un être de ténèbres enveloppé de nuit et pourtant lumineux dans mon souvenir. Si le Verbe peut s’incarner dans la marionnette, c’est je crois, au prix d’un double effacement : effacement de l’acteur au profit de la Figure dans son apparition, mais aussi effacement de la Figure au profit d’une voix, métaphore de l’être tout entier qui parle à travers elle. La justesse tient alors à cet équilibre singulier, fait de proximité et d’éloignement, entre l’objet et l’interprète. Distance vitale où l’énergie de celui qui parle ne surplombe pas la Figure – ni ne la singe ni ne s’en sert comme d’un masque – mais fait parler « le mort » qu’elle convoque. La marionnette est dans ces moments-là, cette apparition qui s’arrache du vide et nous montre le vide. Alors le silence du théâtre qui est la raison d’être de sa parole peut de nouveau être entendu. Ce conflit très ancien entre le texte et l’image, entre l’acteur et son double, stimule mon travail de metteur en scène. L’opéra incarne à sa façon cette tension sans résolution entre le texte et la musique, le jeu et le chant. Jusqu’où faire chanter la langue ? Jusqu’où parler la musique ? Trop souvent, le marionnettiste se veut le maître d’oeuvre de toutes les composantes du spectacle. Homme à tout faire et faisant tout, croyant ainsi préserver l’unité de son rêve, à l’abri des conflits. Mais pour que le Tout puisse être plus que ses parties, il faut que chaque partie soit d’abord un Tout. Plus les parties du projet affirment leur autonomie, plus complexe et plus dense s’avère être l’oeuvre dans son résultat. Un instant suicidaire s’inscrit dans cette logique. Les dix séquences du livret constituent comme un cycle. Le projet théâtral emprunte au dispositif du Bunraku par la séparation des éléments ordinairement rassemblés en un : le marionnettiste, le récitant, les musiciens. C’est l’entrelacs de ces trois niveaux d’interprétation, de ces trois modes d’écritures scéniques autonomes qui constitue l’enjeu esthétique du projet. Eloi Recoing. Synopsis : Clara, jeune adolescente, s’est donnée la mort. L’Arpenteur interroge les vivants, veut comprendre le geste. Les récits contradictoires de la mort de Clara esquissent en creux une image du bonheur. Et Clara lentement se révèle à l’instant suicidaire. Le Passeur indique aux vivants le lieu d’une résurrection possible. Ce lieu-dit a pour nom Théâtre. Chacun demeure inconsolable.

Un Instant suicidaire (Concerto pour marionnettes à la mémoire d’un ange), par le Théâtre aux Mains Nues.


Présentation

Date de création : 2008

Dates : créé en 2008 au Théâtre aux Mains Nues

Période : 21e siècle - 1er quart

Type : spectacle

Localisation : Paris (France)

Type(s) de marionnette(s) utilisé(s) : bunraku

Exploitation

Organisateur : Théâtre aux Mains Nues

Fabrication : Bris, Maryse (le) [marionnettes] ; Un Point Trois [décor]

Mise en scène : Recoing, Eloi

Musique : Recoing, David [musique originale] ; Costa, Fred [montage et mixage]

Interprètes : Ferreira, Eunice ; Recoing, David

Public : tout public dès 12 ans

Langue : français

Voir aussi (identités) : Théâtre aux Mains Nues

Références

Référence notice : Un Instant Suicidaire (Théâtre aux Mains Nues)

Mise à jour : 21/03/2014


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