Un Cid, par la compagnie Émilie Valantin (anciennement Théâtre du Fust).

Le spectacle s’intitule Un Cid. C’est une version considérablement réduite de la pièce de Corneille. Émilie Valantin a effectué des coupes dans toutes les longues tirades et supprimé des scènes dans les actes III et IV. Un extrait du Soulier de Satin de Paul Claudel vient ajouter un prologue, et une phrase de Clément Rosset une conclusion. Toutefois, la trame de cette très célèbre tragi-comédie subsiste. Chimène et Rodrigue, jeunes gens de haute noblesse, s’aiment. Leurs familles sont d’accord pour les unir quand un conflit d’honneur entache soudain cette perspective. Alors que Don Diègue, père de Rodrigue, est choisi comme précepteur du prince héritier, Don Gomès, comte de Gormas et père de Chimène, estime mériter davantage cette glorieuse fonction. Le comte soufflette Don Diègue qui, trop âgé, ne peut répliquer. C’est à Rodrigue qu’échoit la tâche de laver l’affront fait à son père, et de prouver qu’il mérite bien une noblesse qu’il tient de sa naissance. Fameux dilemme entre l’amour et le devoir que le héros finit par trancher en tuant le père de Chimène. Celle-ci demande justice au roi tandis que Rodrigue, à la tête d’une armée, part sauver le royaume attaqué par les Maures et se couvre de gloire militaire. Il devient le Cid, un héros national. Pour démêler l’affaire privée, le roi organise un duel entre Rodrigue et Don Sanche, le champion de Chimène. Elle promet d’épouser le vainqueur. Rodrigue gagne et reçoit du roi la main de la jeune fille. Il est prévu de célébrer le mariage l’année suivante.

Une commande du festival d’Avignon 1996 est à l’origine de cette création. Pour la cinquantième édition du célèbre rendez-vous théâtral international, Bernard Faivre d’Arcier, son directeur, propose à Émilie Valantin d’adapter en marionnettes l’un des trois plus grands succès historiques du festival : Le Prince de Hombourg, Le Mahabharhata, ou Le Cid. La préférence de la responsable du Théâtre du Fust va à l’univers baroque de Corneille qui lui est culturellement plus proche.
Pour diverses raisons la glace s’impose très vite comme matériau constitutif des personnages : elle évite toute référence réductrice à l’interprétation mythique du rôle-titre par Gérard Philipe, elle rappelle le caractère éphémère de la représentation théâtrale, et enfin elle évoque la fragilité des situations, la contrainte, le danger inhérents à cette histoire…
Émilie Valantin envisage également de toucher deux types de public différents grâce aux propriétés des formes en glace. Lorsqu’elles sortent du congélateur et de leur moule, en début de spectacle, elles sont parfaitement définies, dans l’imitation de la sculpture baroque de la fin du XVIe siècle, à même de séduire le goût de la tradition de certains spectateurs, et pendant que la représentation avance, que la glace fond, leurs contours s’estompent, perdent leur individualité, sont susceptibles de plaire à ceux qui apprécient le plaisir du décodage de l’art contemporain. Le matériau évite également le problème du choix des couleurs avec lequel Émilie Valantin ne se sent pas très à l’aise.
En 1996, sculpter des figurines de glace n’est pas nouveau, mais les articuler pour qu’elles soient animées pendant une heure de spectacle représente un défi inventif. Une des principales difficultés de la fabrication aura été de trouver un système d’articulation des épaules, des coudes, des poignets, qui ne conduise pas la chaleur et n’entraîne pas une fonte trop rapide des seuls membres supérieurs. Ces marionnettes sont formées de quatre ou cinq litres d’eau moulés à l’horizontale, maintenus au congélateur, que le brusque contraste de température rend opaques et non translucides au contact de l’air ambiant. Elles font environ soixante centimètres et pèsent de quatre à cinq kilos.
De hauts blocs de bois noirs, mobiles, reliés entre eux par des ponts, constituent la scénographie. Leurs plateformes sont les scènes d’apparition des personnages. En dessous, parfois à vue, cinq acteurs en costumes Renaissance sombres manipulent les personnages de façon chorale grâce à des tiges au niveau des têtes, des mains, du dos et, pour les transporter d’un niveau à l’autre, de grandes poignées de glace à l’arrière. Alors que les deux femmes et les trois hommes interprètent le texte, deux musiciens, sur le côté, ponctuent l’action à la clarinette.
A la fin de chaque représentation, les personnages en partie liquéfiés, disloqués lentement ou brutalement sous les coups de l’intrigue, finissent de disparaître en fondant sous les yeux du public qui investit les coulisses.
Surprise par cette version à la fois respectueuse et iconoclaste d’une pièce comprise dans la mémoire collective, la presse nationale a applaudi l’audace de la démarche et la prouesse technique.

Après cette expérience mémorable et médiatisée, les marionnettes de glace ne sont pas réapparues sur scène pendant des années et, en 2012, le théâtre de l’Entrouvert met en mouvement des pieds de glace dans son spectacle Impermanence. Elise Vigneron entame une recherche sur les différents états de l’eau avec l’aide d’Hélène Barreau. Pour Anywhere, en 2015, d’après le texte Oedipe sur la route d’Henri Bauchau, une marionnette de glace se transforme peu en peu en vapeur pour disparaître dans la brume.

Un Cid, par la compagnie Émilie Valantin (anciennement Théâtre du Fust).


Présentation

Date de création : 1996

Dates : créé en 1996 - fin de tournée en 2003

Période : 20e siècle - 4e quart

Type : spectacle

Localisation : France

Type(s) de marionnette(s) utilisé(s) : marionnette à tige(s), marionnette sur table

Mots clefs : glace, théâtre classique, tragi-comédie

Exploitation

Organisateur : Compagnie Émilie Valantin (anciennement Théâtre du Fust)

Fabrication : Valantin, Nicolas [marionnettes en glace ; études techniques] ; Chanal, Luc [marionnettes en glace, études techniques] ; Maire, Jean-Luc [réalisation du lieu scénique]

Mise en scène : Valantin, Émilie

Musique : Chiron, Christian

Interprètes : Valantin, Émilie ; Sclavis, Jean ; Bourdat, Jacques ; Rouabah, Isabelle [à la création] ; Pierredon, Laure [à partir de 1997] ; Skalka, Jean-Pierre ; Chiron, Christian [clarinette] ; Herpin, Yannick [clarinette basse]

Public : tout public

Langue : français [texte]

En savoir plus

Voir aussi (événements) : Festival d’Avignon 1996.

Voir aussi (identités) : Émilie VALANTIN, Compagnie Émilie Valantin (anciennement Théâtre du Fust), Pierre CORNEILLE, Nicolas VALANTIN, Gilles RICHARD, Gilles DROUHARD, Patricia de PETIVILLE, Chantal NOWAK, Luc CHANAL, Jean-Luc MAIRE, Christian CHIRON, Jean SCLAVIS, Jacques BOURDAT, Isabelle ROUABAH, Laure PIERREDON, Jean-Pierre SKALKA, Yannick HERPIN

Références

Référence notice : Un Cid (Cie Émilie Valantin)

Auteur de la notice : Evelyne Lecucq

Mise à jour : 09/04/2015


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