Les Fourberies de Scapin (Un Scapin manipulateur), par la compagnie Émilie Valantin (anciennement Théâtre du Fust).

Cette comédie, en trois actes et en prose, est un grand classique du théâtre français, dont une réplique est entrée dans le langage courant : « Mais que diable allait-il faire dans cette galère ? » pour évoquer la responsabilité d’une personne dans les ennuis qu’elle traverse.
Partant des principes du metteur en scène américain Peter Sellars, qu’« avec les classiques, nous avons hérité de grandes oeuvres stupéfiantes de discernement et de clairvoyance» et que «ce que nous devons offrir au public, c’est l’accès direct à ces chefs d’oeuvres, non pas sur le mode nostalgique du ‘il fallait y être’ mais sur le mode actuel du « vous êtes ici maintenant », Émilie Valantin met en scène une proposition de Jean Sclavis, interprète de longue date au sein de la compagnie. Au théâtre, il a déjà endossé plusieurs des rôles des Fourberies, et l’idée d’un Scapin manipulateur, associée à celles de la solitude sociale et de l’autodérision, l’amène à vouloir jouer le spectacle en soliste avec huit marionnettes. Il sera lui-même Scapin.
Le texte de Molière, évalué à deux heures trente, est réduit à une heure quinze pour que cette performance d’acteur préserve son énergie tout comme l’écoute attentive d’un public de tous âges, en salle ou en plein air. Quelques répliques de Scapin, prélevées dans la scène 2 du premier acte, viennent ajouter un prologue où l’acteur occupe seul la scène, et certaines phrases de Hyacinte ont été adaptées pour être chantées dans le style récitatif de Lully ou de ses contemporains. A ces exceptions près, les mots et l’histoire de la pièce sont préservés.
Pour aider deux jeunes bourgeois craintifs à faire accepter par leurs pères, de retour de voyage, leurs amours qui conduiraient à des mésalliances, l’habile Scapin, valet de l’un d’eux, met en branle tous les rouages de la fourberie : complot, simulacre, mensonge, flagornerie, falsification d’identité, etc. Les masques tombent (tyrannie et avarice des pères, velléité et faiblesse des fils), les coups de bâton aussi. Scapin parvient à son but, les familles se réconcilient – d’autant plus que les jeunes filles aimées se révèlent finalement de bonne naissance. Mais pour être lui-même pardonné par ceux qu’il a trompés, Scapin doit mettre en scène une dernière fourberie. C’est en jouant l’article de la mort qu’il sauve littéralement sa peau…
Molière a créé la pièce en 1671 avec des acteurs et, dès 1678, Pietro Gimonde, dit le Sieur de Bologne, en conçoit une adaptation pour sa Troupe des Marionnettes Italiennes qui remporte un grand succès à la Foire parisienne Saint-Laurent. Les siècles suivants verront régulièrement d’autres marionnettes assumer le rôle de Scapin, personnage hérité de la commedia dell’arte comme Polichinelle. La particularité du travail d’Émilie Valantin et Jean Sclavis est de placer un Scapin marionnettiste en maître de la machinerie théâtrale, manipulateur de hautes figures (un mètre trente) qui le hantent autant qu’il les sert ou les dirige.
Les huit marionnettes ont des disproportions dans le rapport buste-jambe, dans les longueurs de bras ou les traits du visage, qui les préservent du réalisme. Leurs faces sont ébauchées, tels les croquis préparatoires des portraits du 17e siècle, en tendant à la caricature pour certains (Léandre et Octave), à l’imagerie de l’époque pour d’autres (Argante, Hyacinte, Sylvestre). La sculpture – dans du polystyrène extrudé avec du papier blanc en surface – a autorisé des ressemblances marquées et comiques entre pères et enfants. Leur mécanisme n’est pas apparent. Un système de crosse à gâchette et une armature articulée dans la mousse permettent à l’unique interprète de leur donner d’une seule main les expressions de la tête et du corps. Parfois, de son autre main libre, il anime légèrement les bras et les doigts des personnages.
Sur la scène en bois évoquant un quai du port de Naples, trois pontons donnent accès par le lointain, la cour et le jardin au plateau principal de cinq mètres sur quatre. Des balanciers sur pivot munis de contrepoids (les leviers de déchargement du quai) vont permettre à l’acteur de manutentionner les grossiers sacs de jute d’où il fait naître les marionnettes et où il les remise momentanément dans le hors jeu, mais aussi de supporter celles-ci lorsqu’il les met en action, notamment dans les scènes à plus de deux personnages. Chaque marionnette pèse entre six et neuf kilos… Ce système de suspension confère aux partenaires de Scapin à la fois le caractère irréel de personnages flottants et la légère vibration qui aide les spectateurs à leur prêter des émotions.
Le traitement des costumes relie de façon originale le siècle de Molière et l’époque contemporaine. Contrairement à l’habitude de présenter les protagonistes du théâtre classique dans des étoffes riches et colorées, le tissu « denim », le blue-jean, a été choisi pour rappeler le droguet, drap de modeste qualité, du monde du travail d’autrefois. La pièce se déroule dans un milieu de petits bourgeois avares et de valets. L’usure et la décoloration parent de symboles les redingotes réalisées dans les règles de l’art, à l’imitation de celles du 17e siècle, par la formation costume du lycée Diderot de Lyon, avec l’aide de trois jeunes costumières diplômées.
Ce Scapin, maître es marionnettes, roi du théâtre et de la manipulation, est un fourbe, comme le soulignent les lettres écrites sur le dos de la chemise de l’acteur. Et chaque détail de la mise en scène, chaque option dans l’interprétation pose la même question métaphysique : comment réfléchir le monde sans fourberie ?

Les Fourberies de Scapin (Un Scapin manipulateur), par la compagnie Émilie Valantin (anciennement Théâtre du Fust).


Présentation

Date de création : 2006

Dates : créé en 2006

Période : 20e siècle - 4e quart

Type : spectacle

Localisation : France

Type(s) de marionnette(s) utilisé(s) : marionnette portée

Mots clefs : comédie, solo, théâtre classique

Exploitation

Organisateur : Compagnie Émilie Valantin (anciennement Théâtre du Fust)

Fabrication : Valantin, Émilie ; Morinière, François ; Schäller, Isabelle ; Isabel, Adeline

Mise en scène : Valantin, Émilie

Musique : Meester, Vincent de

Interprètes : Sclavis, Jean

Public : tout public à partir de 12 ans

Langue : français

Voir aussi (identités) : Émilie VALANTIN, Compagnie Émilie Valantin (anciennement Théâtre du Fust), Gilles RICHARD, Gilles DROUHARD, Jean-Luc MAIRE, Jean SCLAVIS, François MORINIÈRE, Isabelle SCHÄLLER, Adeline ISABEL, Vincent DE MEESTER, Mathilde BRETTE, Caroline PRIVAT, Laura KEROUREDAN, Bruno CRIBIER

Références

Référence notice : Les Fourberies de Scapin (Cie Émilie Valantin)

Auteur de la notice : Evelyne Lecucq

Mise à jour : 02/04/2015


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