La Crèche comtoise

La Crèche comtoise est un spectacle donné aux alentours de Noël qui célèbre l’enfant Jésus, né la nuit du 24 décembre aux abords de Besançon selon la pièce. Pour fêter l’événement, les personnalités les plus représentatives de la société viennent voir l’enfant et le prier. Barbizier, personnage central de la Crèche, accompagné de sa femme la Naitoure et de son ami le Compère Verly, représente les vignerons et le peuple en général. Il exprime leurs difficultés: pauvreté, famines, épidémies, mauvaises récoltes, spoliations par les classes supérieures et dénonce les autres personnages qui incarnent des travers de la société : la cupidité des hommes (l’avocat Bartholo), l’égoïsme des artisans (le Magnin), la vanité des femmes (la Coquette) ou l’ignorance de la médecine (Soeur Angélique de l’Hôpital)…
Ces visites sont en général suivies d’un sermon à l’église dont les thèmes principaux sont la pénitence et le péché originel, puis d’une procession générale rassemblant tous les personnages de la pièce et de nombreux autres représentants de toutes les classes sociales de la ville.
La Crèche comtoise est donc à la fois une pièce à caractère religieux, signe de la grande piété de la population bisontine de l’époque et une pièce satirique.

L’origine de la Crèche n’est pas clairement définie. Survivance d’un mystère du Moyen Age pour certains, reflet du passage des personnages de cire des crèches figurées aux crèches jouées par des marionnettes pour d’autres, la naissance de la pièce reste mystérieuse. Une autre hypothèse propose que la Crèche comtoise vienne d’Allemagne où le théâtre, mal vu par le protestantisme, se réfugiait dans les marionnettes. Les pièces jouées étaient alors appelées « Hauptactionen », drames mêlant le comique, le sérieux et certains épisode de la Bible. Enfin, elle serait née des chants populaires appelés « Noëls » qui remontent au XVIIe siècle.
On s’accorde cependant à dire que la Crèche comtoise est apparue au XVIIe ou au XVIIIe siècle dans le quartier des vignerons de Besançon, le quartier Battant. Le premier marionnettiste connu est un certain Landriot à la fin du XVIIIe siècle.
Tout au long du XIXe siècle, jouée en français et en patois, elle connaît un immense succès à travers la Franche-Comté. Des témoignages rapportent, en 1815, qu’il existe cinq castelets qui jouent la Crèche comtoise à Besançon, avec chacun plus de trois représentations par jour !
Le succès des marionnettes bisontines de se dément pas jusqu’à la fin du XIXe siècle, lorsque l’abbé Bailly publie le texte officiel de la Crèche (1865). Ce texte est responsable de la fossilisation des personnages et de l’abandon de toute improvisation par les marionnettistes. Barbizier perd sa verve légendaire et devient désuet. Par ailleurs, la population est de moins en moins croyante et de nouveaux spectacles de variétés ainsi que le cinéma et les nouveaux médias apparaissent. La pièce est alors de moins en moins jouée, jusqu’à tomber progressivement dans l’oubli durant le XXe siècle. Parallèlement, vers 1880, on passe des crèches figurées à des crèches jouées par de véritables acteurs. De nombreuses compagnies sillonnent la Franche-Comté ainsi que Paris, remportant un vif succès jusqu’au milieu du XXe siècle.
Aujourd’hui encore, la Crèche comtoise est jouée, notamment durant la période des fêtes de fin d’année. Le texte reste d’actualité, comme le démontre la compagnie bisontine des Manches à Balais Korporation qui, depuis 1986, remet la Crèche au goût du jour en insistant sur son aspect satirique, intégrant alors l’actualité et les personnalités de notre époque.

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